Veiller sur les forêts du Québec : main dans la main avec la SOPFEU
Veiller sur les forêts du Québec : main dans la main avec la SOPFEU
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En août 2026, une petite équipe d’OroraTech est partie d’Allemagne et du Canada pour se rendre à Québec et à Baie-Comeau. Le but de ce voyage était de passer du temps avec les gens de la SOPFEU – la Société de protection des forêts contre le feu, l’organisme mandaté pour protéger le territoire québécois contre les feux de forêt.
Nous n’y étions pas pour faire la démonstration d’un produit. Nous y étions pour écouter. Le renseignement sur les feux de forêt ne se bâtissent pas derrière un bureau, mais aux côtés des gens qui l’utilisent sous pression, quand un feu brûle à deux heures d’avion et qu’une décision ne peut pas attendre. OroraTech et la SOPFEU collaborent depuis avril 2021, et ce voyage était l’occasion de s’asseoir autour de la table avec les gens qui se trouvent à l’autre bout des données.
Pendant notre visite, nous avons eu la chance de rencontrer les pompiers forestiers et les officiers qui utilisent la détection satellitaire des feux de forêt au quotidien, et d’entendre de vive voix comment elle a transformé leur approche. Ils nous ont raconté ce que signifiait autrefois travailler « à l’aveugle » dans le Nord, comment une détection plus hâtive a changé leur façon d’intervenir sur les feux, et pourquoi obtenir la bonne information ne serait-ce qu’un peu plus tôt peut faire une réelle différence pour les équipes sur le terrain.
Un chiffre a servi de toile de fond à tout ce que nous avons entendu : cette année, 54 % des premières détections dans la zone nordique provenaient des satellites. Il y a dix ans, un tel chiffre aurait été impensable.
« Ci-dessus : Mathieu Payette, directeur des services aériens à la SOPFEU. »
Qui sont les gens derrière la mission de la SOPFEU?
Le Québec est immense. Avec ses quelque 1,37 million de km², la province est près de trois fois plus grande que la France métropolitaine et plus de quatre fois plus grande que Terre-Neuve-et-Labrador. Dans la zone nordique, seules certaines parties du territoire disposent d’avions de détection assignés, là où la population et les infrastructures sont plus présentes. Avant l’arrivée des données satellitaires, des régions entières devaient se fier à des signalements tardifs de feux, plusieurs jours après leur allumage.
Olivier Roberge rend cette réalité bien concrète. Il a commencé comme pompier forestier en 2015 et est aujourd’hui spécialiste en protection du territoire pour la zone nordique – quelqu’un qui « vole les feux » plutôt que de les combattre au sol. Voler un feu, selon ses mots, c’est monter à bord d’un petit avion et observer la fumée, le comportement du feu et le combustible environnant à environ 1 500 pieds, afin d’établir depuis les airs une prévision juste de son comportement.
Mais on ne peut pas voler chaque feu – c’est parfois difficile, voire impossible. Cela crée des angles morts dans la couverture des feux. Un feu près de Blanc-Sablon peut se trouver à deux heures de vol. La météo cloue les avions au sol. Les appareils sont limités. Et dans ces angles morts, des feux brûlaient sans être vus.
Le résumé d’Olivier sur ce que les satellites ont changé est la chose la plus directe que nous avons entendue de la semaine. Sans eux, « on serait aveugles », a-t-il dit. Il a décrit les données satellitaires comme le fait d’enlever un bandeau sur les yeux : la SOPFEU est passée d’attendre la bonne météo ou le bon avion à avoir des yeux presque quotidiens sur des feux difficiles à atteindre.
« Ci-dessus : Olivier Roberge, spécialiste en protection du territoire à la SOPFEU. »
Que voulait vraiment dire travailler « à l’aveugle »?
Avant la détection satellitaire, la zone nordique fonctionnait sans visibilité fiable. Des feux s’allumaient pendant la nuit et passaient inaperçus au moins jusqu’au matin, voire jusqu’au lendemain. Quand des signalements arrivaient, ils provenaient souvent du public, avec des localisations imprécises qui envoyaient les équipes en recherche.
Aujourd’hui, la situation est différente. Les détections satellitaires localisent maintenant avec précision des feux qui étaient autrefois signalés de façon approximative, et elles révèlent de l’activité dans des secteurs que la SOPFEU ne survolait jamais auparavant.
« Ci-dessus : Virginie Galvez-Cloutier, superviseure des opérations à la SOPFEU. »
Ce progrès s’accompagne d’un compromis bien réel, que la SOPFEU a elle-même soulevé : plus de détections dans les régions éloignées peut vouloir dire plus de travail pendant les périodes achalandées. Mais être au courant de chaque feu sur le territoire, c’est justement le travail. Plus de visibilité n’est pas un fardeau à éviter – c’est tout l’objectif.
Qu’est-ce qui a changé, chiffres à l’appui?
Le changement n’est pas une question d’impression. Il se voit dans les données.
54% des premières détections dans la zone nordique cette année proviennent des satellites, contre 3% des avions.
Dans la zone intensive – les secteurs plus densément peuplés, où les signalements du public sont la principale méthode de détection – les satellites représentent environ 4% des premières détections.
Le filtrage automatisé a fait passer le nombre de grappes traitées manuellement d’environ 20.000 la première année à 812, en adaptant les données pour qu’elles s’intègrent directement au flux de travail de la SOPFEU.
Karl Asselin, commandant des opérations, a ancré ces chiffres dans l’expérience en soulignant une nette amélioration des vrais positifs – moins de fausses alertes, plus de vrais feux repérés.
Le moment le plus marquant est venu du témoignage d’un pompier forestier. Le 19 juin 2024, il était déployé à Murdochville et a été dépêché vers une détection satellitaire de feu de forêt. Il s’y est rendu en s’attendant à une fausse alerte, mais il a plutôt trouvé un vrai feu – et un feu vigoureux. Les registres l’identifient comme le feu 208, d’une superficie finale de 2,6 hectares, juste sous l’objectif de suppression de trois hectares de la SOPFEU. Sans l’alerte satellitaire, a-t-il dit, ce feu aurait pris beaucoup plus d’ampleur et aurait pu devenir hors de contrôle.
Pour mettre les choses en contexte, l’objectif opérationnel de la SOPFEU est de détecter les feux avant qu’ils atteignent 0,5 hectare. Chaque première détection par satellite est une occasion de repérer un feu plus petit. L’histoire du feu 208 en est un excellent exemple.
Pourquoi le timing compte-t-il autant que la détection?
Savoir qu’un feu existe n’est utile que si on le sait assez tôt pour agir.
Les observations satellitaires matinales peuvent orienter le breffage du matin, en donnant aux commandants d’intervention de l’information fraîche sur la nuit, avant le début de la journée. Cette longueur d’avance change le déroulement de la journée.
Joachim, officier au centre régional des opérations de Baie-Comeau, a expliqué comment cela se passe concrètement. Il a quitté l’Europe pour le Canada en 2010, a étudié en foresterie au Québec, puis s’est joint à la SOPFEU. Connaître les heures de passage des satellites change sa planification en tant qu’officier. Il anticipe le prochain passage pour obtenir de l’information fraîche sur une alerte active, plutôt que d’attendre à l’aveugle ou d’affecter des ressources essentielles qui seraient nécessaires ailleurs.
« Ci-dessus : Joachim Lecoutre, responsable des opérations aériennes et directeur régional à la base de la SOPFEU de Baie-Comeau. »
Virginie Galvez-Cloutier, superviseure des opérations au centre provincial des opérations, a décrit les alertes qui apparaissent dans GéoFeux, le système cartographique interne de la SOPFEU, comme des « étoiles qui clignotent » sur la carte. Sa philosophie pour les journées les plus chargées est simple : garder la tête hors de l’eau et traiter chaque demande une à la fois. Rester calme quand l’activité est à son comble.
« Ci-dessus : Virginie Galvez-Cloutier, superviseure des opérations à la SOPFEU. »
Comment les données satellitaires aident-elles à déclarer un feu éteint?
Il y a une utilisation plus discrète des données satellitaires qui nous a surpris. Dans le Grand Nord, où il n’y a aucune équipe au sol, l’absence de points chauds devient l’un des critères pour déclarer un feu éteint.
Olivier a pris soin de nuancer. Les données satellitaires ne sont jamais la seule source. La SOPFEU combine les points chauds, l’imagerie visible, la météo, le type de combustible et l’observation aérienne. Mais de la première détection d’un feu jusqu’à sa déclaration finale, les données satellitaires accompagnent désormais tout le cycle de vie d’un feu.
Comment ce partenariat se bâtit-il ensemble, plutôt que de se vendre?
Auprès de la SOPFEU, OroraTech joue le rôle d’un collaborateur à l’écoute, et non d’un fournisseur.
Mathieu a partagé une réflexion qui façonne notre manière de travailler : une technologie développée sans l’apport des utilisateurs finaux répond rarement aux besoins réels. Il a décrit la relation avec OroraTech comme un échange – la SOPFEU apporte des décennies d’expertise en feux de forêt, OroraTech apporte la télédétection – et a souligné que plusieurs fonctionnalités sont nées directement de conversations comme celles que nous avons eues cette semaine-là.
L’Overpass Planner (planificateur de passages) en est un exemple concret. Développé pour la SOPFEU cette année, il répond à un besoin opérationnel précis, et il a été bien accueilli justement parce qu’il est né de l’écoute plutôt que de suppositions.
Brady Holliday, qui agit comme facilitateur d’innovation à la SOPFEU, l’a bien résumé. Son travail consiste à transformer des données satellitaires brutes en quelque chose sur quoi les gestionnaires et les équipes au sol peuvent réellement agir. Une relation de collaboration, a-t-il souligné, est ce qui relie le secteur spatial aux réalités des opérations de lutte contre les feux de forêt.
Toutes les personnes à qui nous avons parlé nous ont raconté une histoire semblable.
Plus que de la technologie
La mission est humaine des deux côtés. Philippe Bergeron, qui travaille du côté de la prévention à la SOPFEU, nous a rappelé un fait qui donne à réfléchir : 80 % des feux au Québec sont d’origine humaine. La prévention et la sensibilisation du public font tout autant partie de la protection de la forêt que n’importe quel système de détection.
Cela a élargi notre perspective. Protéger les forêts, c’est aussi protéger les communautés qui les entourent – et parfois donner aux gens quelques heures d’avance pour se préparer.
« Ci-dessus : Philippe Bergeron, agent de prévention et de communication à la SOPFEU. »
Pour l’équipe d’OroraTech, cette visite a rappelé que le renseignement sur les feux de forêt est un défi humain autant que technique. Nous bâtissons les outils; la SOPFEU apporte l’expertise. Voir comment les équipes de la SOPFEU utilisent nos données nous a montré à quoi ressembleront les défis de demain, et nous a d
Protéger ce qui compte, ensemble
La détection satellitaire a transformé le portrait opérationnel dans les régions les plus éloignées du Québec. Malgré un territoire opérationnel d’environ 52 millions d’hectares (environ 128 millions d’acres), la SOPFEU repère désormais les feux plus petits, plus tôt, et avec une confiance grandissante dans les données. Derrière les chiffres et les outils, il y a un sens partagé de la mission : protéger les forêts du Québec et les gens qui vivent à proximité.
Nous remercions les gens de la SOPFEU qui nous ont donné de leur temps et partagé leurs histoires – Mathieu, Olivier, Joachim, Brady, Philippe, Virginie et leurs collègues.
Et bien sûr, notre nouvel ami Garofeu (que nous avons bel et bien ramené avec nous jusqu’en Allemagne).
En matière de prévention et de gestion des feux de forêt, tout repose sur la confiance - et cette confiance se bâtit en personne.
Foire aux questions
Qu’est-ce que la SOPFEU?
La SOPFEU (Société de protection des forêts contre le feu) est l’organisme mandaté pour protéger le territoire québécois contre les feux de forêt. Son travail couvre la détection, la surveillance et l’extinction des feux, ainsi que la prévention et la sensibilisation du public, dans les forêts, les communautés et les infrastructures stratégiques.
Depuis combien de temps OroraTech et la SOPFEU travaillent-elles ensemble?
OroraTech et la SOPFEU collaborent depuis avril 2021. Il s’agit d’une relation de collaboration : la SOPFEU apporte son expertise en feux de forêt, tandis qu’OroraTech apporte la télédétection satellitaire, avec des outils comme l’Overpass Planner développés directement à partir de discussions opérationnelles.
Quelle part de la détection des feux de forêt au Québec provient maintenant des satellites?
Cette année, 54 % des premières détections dans la zone nordique du Québec provenaient des satellites, contre 3 % des avions. Dans la zone intensive, plus densément peuplée, où les signalements du public dominent, les satellites représentent environ 4 % des premières détections.
Les données satellitaires peuvent-elles remplacer les avions et les équipes au sol?
Oui et non. Les données satellitaires resteront toujours un outil parmi d'autres dans un coffre à outils plus large, mais elles peuvent avantageusement remplacer des méthodes de détection plus coûteuses. La SOPFEU combine les points chauds détectés par satellite avec l'imagerie visible, les données météorologiques, le type de combustible, l'observation aérienne et les équipes au sol. À l'avenir, la SOPFEU aimerait miser davantage sur les satellites pour ces tâches. Ceux-ci sont particulièrement précieux dans les régions nordiques éloignées, où les aéronefs ne peuvent pas se rendre rapidement, et pourraient éventuellement remplacer les aéronefs ou des méthodes de détection plus manuelles dans certaines régions.
Pourquoi la détection hâtive est-elle si importante pour les feux de forêt?
Repérer un feu tôt, c’est le repérer quand il est plus petit. L’objectif opérationnel de la SOPFEU est de détecter les feux avant qu’ils atteignent 0,5 hectare. Les observations satellitaires nocturnes alimentent aussi le breffage du matin, en donnant aux commandants d’intervention de l’information fraîche avant le déploiement des équipes.
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